– Ecrire

– Ecrire

Ecrire. Cela se donne tout d’abord comme injonction. Ecrire – avant toute chose, cela s’impose. Cela s’énonce comme verbe froid mis à la forme infinitive – précisément la forme qui, à en croire Jacques Lacan, est celle de l’impératif en sa radicalité surmoïque. Ecrire : aux premiers temps, se donne comme exigence. Peut être pas même un désir, sans doute pas même une envie. Un devoir, une tâche en souffrance. Car dans un premier temps, on ne se demande pas ‘pourquoi écrire’, ‘pour qui écrire’. On veut écrire. On doit écrire. On va écrire. Il n’est alors n’est pas même question de réponse. Ecrire, il le faut. Compulsivement, impérieusement, sans réflexion. Ce n’est que plus tard que l’on aura le temps de se demander pourquoi. Plus tard que l’on saura comment. Plus tard que l’on aura le loisir de se questionner. Aux premiers temps, on ne se demande pas pourquoi. On ne sait pas comment. Ne se pose pas même la question de savoir si vraiment c’est une bonne chose. Et à vrai dire, aux premiers temps, c’est toujours chose mauvais qu’écrire – cette infinitif absolu, souverain, tyrannique et destructeur. Ecrire, aux premiers temps, ce n’est pas un désir, c’est une volonté où l’on ne se reconnaît pas comme sujet du vouloir ; une volonté où ça veut sans que je n’y veuille rien, et qui nie farouchement que je puisse le désirer. On n’y voit là qu’un devoir- faire : ça veut écrire en moi. ‘Je’ le ressent comme exigence qui ne vient pas de moi : une volonté impersonnelle, immédiate et abstraite. Ca veut écrire, donc ça doit. Car si ça veut, ça –  s’abat :  surmoi ?

Aussi est-il toujours difficile de commencer. Difficile de se confronter à l’absoluité destructrice d’une volonté impérieuse qui veut tout, tout de suite. Et dangereux; car lorsqu’écrire se donne comme une injonction cruelle c’est que la volonté de jouissance totale, complète et sans défaut, n’est pas loin. Si l’on écrit alors, c’est avec la témérité aveugle du rocher qui dévale sa pente pour s’écraser contre une falaise ; en toute hâte, cédant soudain à la précipitation d’un instant, on écrit comme on se confronte à une muraille de roc, croyant que l’on pourra la percer d’une brèche pour en venir à bout d’un coup d’un seul – et sans savoir que derrière se cache le néant.

Ecrire pourtant, cela insiste. Et à force de s’y briser l’on finit souvent par se reconnaître dans cette injonction cruelle. De sorte que parfois, je fait volte-face, et se demande si ce qui en moi se dit comme ça incessamment de l’écriture ne peut pas se donner comme le désir d’autre chose. Mais alors, c’est une autre histoire (qui commence).